Animaux brésiliens du temps de la Renaissance

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La description de quelques animaux du Nouveau Monde par le soldat arquebusier Hans Staden... Texte et gravures tirés du livre qu'il publia en 1557.  

  


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Nus, Féroces et Anthropophages, de Hans Staden. ©

En 1547, cinquante ans à peine après la découverte du Nouveau Monde, l'Allemand Hans Staden embarqua en qualité de soldat arquebusier à bord d'un vaisseau partant faire commerce au Brésil. Une tempête fit échouer le navire et Hans Staden fut fait prisonnier par les Indiens Tupi-Guarani, aux rituels anthropophages. En se fondant dans leurs croyances, le mercenaire se sortit sain et sauf de l'aventure. Il en rendit témoignage en 1557 par des écrits et surtout des gravures dont se nourrirent les Européens pour imaginer cette Amérique à peine découverte. Le livre, premier témoignage ethnologique, eut un succès fulgurant, traduit en plusieurs langues et réédité jusqu'à soixante-dix fois, il fut un best-seller à la Renaissance.

Description de quelques animaux du pays

Il y a trois espèces de singes. Celle que l'on nomme key, est celle que l'on apporte ordinairement dans ce pays-ci. Ceux qu'on nomme ackaley, vont en grande troupe dans les bois, et sautent d'un arbre à l'autre en poussant de grand cris. Ceux qu'on nomme burriqui sont rouges, ont de la barbe comme les chèvres, et sont de la grandeur d'un chien.

On voit ans ce pays une autre espèce animale qu'on nomme tattu ; il a environ six pouces de haut et neuf de long ; il est couvert par tout le corps d'une espèce d'armure excepté sous le ventre. Cette armure est comme de la corne et les plaques se recouvrent les unes sur les autres comme celle d'une armure. Cet animal a le museau très pointu, la queue très longue, et se trouve ordinairement sur les rochers ; il se nourrit de fourmis. Sa chair est grasse, et j'en ai souvent mangé. On trouve une espèce d'animal, qui se nomme saroe ; il a la taille et la queue d'un chat ; sa couleur est grise et quelquefois d'un gris-noir. La femelle a cinq ou six petits. Cet animal a au ventre une espèce de poche dans laquelle il porte ordinairement ses petits. Il m'est arrivé souvent d'aider à en prendre et de tirer moi-même des petits de cette poche. Il y a dans ce pays un grand nombre de tigres, qui font beaucoup de dommages, et qui égorgent quelquefois les habitants.

D'une espèce de chauve-souris de ce pays

Les chauves-souris de ce pays sont de la grandeur de celles de l'Allemagne. Elles voltigent la nuit dans les cabanes, autour des hamacs, mordent aux orteils et au front ceux qui sont endormis, et enlèvent le morceau.
Pendant que j'étais chez les sauvages, ces chauves-souris m'ont souvent mordu l'orteil, que j'ai trouvé tout ensanglanté le lendemain matin ; mais c'est ordinairement au front qu'elles mordent les naturels.

Des oiseaux du pays

Les oiseaux de ces contrées ne sont pas moins extraordinaires. Il y en a une espèce, nommé gara piranga, qui fait son nid sur un rocher près de la mer, où elle trouve sa nourriture ; elle est de la grosseur d'une poule ; son bec est très long, et ses jambes sont comme celles du héron, quoique moins longues. Les premières plumes de cet oiseau sont d'un gris-blanc : après la mue, elles deviennent d'un gris foncé, et, enfin, au bout d'un an, l'oiseau devient du rouge le plus éclatant. Ses plumes sont très estimées par les sauvages.

"Nus, Féroces et Anthropophages",
de Hans Staden, éd. Métailié, 8 €.