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Dans le cadre de la Semana Negra, le journalisme et la photo prennent une place de plus en plus importante. Rencontre avec le responsable des activités, Javier Bauluz et l'écrivain Tariq Ali.  

Marc Fernandez  


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Marc Fernandez

Sous l'oeil avisé de Sherlock Holmes © Marc Fernandez

Treize. Un chiffre porte-bonheur. C'est la treizième année consécutive que se déroule la Rencontre internationale de Photo et Journalisme de Gijón, dans le cadre de la Semana Negra. Un autre exemple illustrant la variété et l'engagement de ce festival décidément pas comme les autres. Une magnifique exposition photo, gratuite, ouverte de 17 heures à 2 heures du matin, qui connaît un succès grandissant (plus de 50 000 personnes sont passées par là l'an dernier), des ateliers pratiques (400 étudiants y ont déjà assisté), des invités prestigieux - le français Olivier Laban-Mattei, Walter Astrada, Bill Gentile, etc -, des projections de travaux photos, de webdocumentaires et de documentaires. Le tout dans un seul et unique but : promouvoir un journalisme de qualité, remettre l'humain au centre des informations. « Le journalisme est un service public pour le citoyens, annonce d'emblée Javier Bauluz, le directeur de la Rencontre. Nous, les journalistes, nous devons récupérer le contrôle de notre travail. Nous ne pouvons plus attendre que les médias traditionnels fassent ce travail. » Ce ne sont pas des paroles en l'air. Car derrière les festivités de la Semana Negra, il y a toujours eu une volonté politique. Les critiques contre ce festival ont toujours montré du doigt les organisateurs et les participants comme des gauchistes. La question n'est pas là. Certes le cœur de la Semana Negra bat à gauche, mais il s'agit avant tout de débattre, d'apprendre, de tenter de faire bouger les choses.


Déjà lors de l'édition 2008 du festival, les organisateurs avaient lancé le Manifeste du journalisme et des droits de l'homme, signé par des milliers de personnes, en Espagne et dans le monde entier. « Cette année, nous sommes entrés dans la phase de concrétisation de ce projet. Nous allons produire des reportages avec ces principes de respect des droits de l'homme en utilisant les moyens techniques et de communication qui permettent aux journalistes d'être indépendants, explique Javier Bauluz. On peut le faire, on doit le faire et on va le faire. »

Et quel meilleur endroit que la Semana Negra pour lancer un projet si ambitieux. Tariq Ali, grand écrivain britannique d'origine pakistanaise (invité pour la première fois cette année), confirme : « Les festivals de littérature comme celui-ci, dans le monde entier, se transforment en lieu de débat, en forums sur des sujets qui ne trouvent pas de place dans les médias globalisés. Ces voix dissidentes qui n'apparaissent jamais dans les grands médias trouvent ici un espace important. Dans le monde arabe par exemple, dans certaines capitales, on organise ce genre d'évènements depuis quelque temps. Les festivals littéraires sont une couverture pour un espace de discussion libre. »

C'est aussi ça la Semana Negra. La fête foraine, les manèges, les glaces, le poulpe, mais aussi des écrivains, des journalistes, qui essaient de changer le monde. Espérons qu'ils y parviennent. Demain, nous vous raconterons une histoire française et rétablirons quelques vérités historiques sur la Libération de Paris. En attendant, nous avons enfilé l'imper et chaussé les bottes de pluie. Après deux jours de grand soleil, les nuages et l'eau ont fait leur apparition. Ils nous rappellent que nous sommes en Espagne, mais dans une région qu'on appelle l'Espagne verte. Nous savons maintenant pourquoi...