Fès, un labyrinthe sensuel
Royal |
La plus impériale des villes marocaines est à la fois brute et quotidienne, raffinée et voluptueuse. Initiation au fil de ses ruelles et de ses souks. |
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La mosquée El Qaraouiyyîn à Fes © ONMT/ Xavier Richer et Jacques Bravo
En contrebas, après les murailles, on distingue le labyrinthe de rues, de souks, de coupoles, de minarets et de cours, qui se dissimule dans cette ville intellectuelle et artisanale, raffinée et sensuelle. Aux murs en adobe anonymes succèdent des palais, des demeures, des mosquées et des jardins. Il n’est pas dangereux de se perdre. C’est même une obligation : il faut profiter de la ruelle, du panneau indicateur qui interdit aux ânes d’entrer dans la vieille ville… Une animation, des odeurs, des textures que l’on ne peut trouver qu’au cœur du Maroc.
Bien entendu, les clichés ne manquent pas : le gamin pénible qui veut être notre guide, les jolies touristes en shorts sur qui convergent les regards, et aussi ce climat de surveillance “secrète” qu’on sent toujours dans la médina, les mosquées réservées aux musulmans, les milliers d’étals de marchandises qui paraissent invendables.

Fès est divisée en trois zones distinctes : Fès el-Bali, le plus vieux quartier, à l’intérieur des murailles ; Fès Jdid, nouvelle zone abritant la mellah (quartier juif) ; et la ville nouvelle*, zone créée par les Français au nord-ouest de la ville. Avant de pénétrer dans Fès, rien ne vaut la vue depuis l’hôtel des Mérinides, situé sur la colline d’El Kolla, dans la ville nouvelle. Juste en face, le Bordj Sud*, un musée d’Armement installé dans un bastion d’origine almohade, et, au-delà, le panorama de la vieille médina de Fès el-Bali, cœur de la cité médiévale. Une fois en bas, il faut se perdre dans ce monde de sensualité qu’est Fès, une ville à vivre, à sentir, à imaginer…
Dans ce monde quasi médiéval les vieux métiers du Moyen Age ont survécu. Orfèvres, chaudronniers, ferblantiers, tisserands, teinturiers, bourreliers et tanneurs y sont organisés en corporations, comme il y a des siècles, depuis qu’Idriss II a établi ici, en 808, la première capitale du royaume. Dans le dédale de la vieille ville, Fès el-Bali, on distingue deux quartiers : d’une part la médina, plus grande zone piétonnière du monde, inscrite au Patrimoine de l’humanité par l’Unesco en 1981, et d’autre part, le quartier des Andalous.
Les Andalous ont apporté avec eux de ce côté de la Méditerranée leur art et leur grande civilisation, dont l’un des joyaux n’est autre que la mosquée des Andalous, caractérisée par son minaret vert et blanc. Ce n’est pas la seule mosquée : la plus célèbre est celle de Qaraouiyin, plus ancien établissement d’enseignement du monde occidental, comprenant l’une des bibliothèques les plus riches du monde, même si les non-musulmans doivent se contenter de l’admirer de l’extérieur. Toutefois, il ne faut pas se décourager, ici même se trouve la place Es-Seffarine, à partir de laquelle on parcourt le quartier des rémouleurs, celui de la chaussure ou celui des teinturiers, parmi tant d’autres.
Une fois qu’on a visité la partie ancienne de Fès, le mieux est de se rapprocher des jardins de Bou Jeloud, qui unissent la vieille ville avec Fès el-Jdid. Dans cette zone, on visitera en priorité le palais royal, aux magnifiques portes dorées, et le quartier juif, même si certains le trouvent trop étouffant.
Telle est Fès, un carrefour d’art, de culture, d’artisanat et de magie, aux souks si propices à la flânerie, où il faut se laisser guider par
les odeurs de thé et d’épices, les couleurs vibrantes des plateaux suspendus dans le souk des teinturiers, les bruits toujours intenses… Un monde authentique qui s’est conservé pendant des siècles, au pied de l’Atlas marocain.
* En français dans le texte.



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