Johannes Schedler

L'invité

Il n’a d’yeux que pour la Voie lactée. Astrophotographe, Johannes Schedler est l’un des meilleurs photographes amateurs de ciel. Namibie, désert de l’Acatama, Pic du Midi… il parcourt le monde pour composer d’éblouissantes images. Portrait d’un brillant Autrichien.  

Julie Krassovsky  


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Conseils aux voyageurs

Prenez contact avec les clubs d’astronomie locaux. Vous y rencontrerez des gens passionnés qui vous feront découvrir les mystères du ciel. D’autre part, recueillir l’avis d’astronomes amateurs expérimentés est très utile pour préparer votre voyage.

À lire
Le Ciel à l’œil nu en 2009,
de Guillaume Cannat, éd. Nathan, 2008, 16,50 €.
Les événements astronomiques de l’année.

Des Quasars aux trous noirs,

de Suzy Collin-Zahn,
éd. EDP sciences, 2009, 37 €.
Plongée dans l’histoire des quasars, les astres les plus lumineux et les plus distants de l’univers.
 
Astronomie et Astrophysique,
de Marc Seguin et Benoît Villeneuve,
éd. De Bœck Université, 2002, 74 €.
Ouvrage d’introduction.

Le Ciel et l’Univers : cosmologie, conquête spatiale et astronomie,
de Peter Frances, éd. Gallimard, 2006, 20 €.

Magazine Ciel & Espace,
mensuel édité par l’Association française d’astronomie, 4,90 €.

Johannes Schedler © DR

A 25 kilomètres de Graz, capitale de la province de Styrie au sud-est de l'Autriche, se trouve Wildon une petite ville entourée de forêts. Aux abords du bourg, une grande maison campagnarde incrustée à flanc de colline, domine du haut de ses trois étages un paysage de verdure. C'est là que réside Johannes Sche­dler. La démarche athlétique, un brin réservé, l'homme est l'un des meilleurs astrophotographes amateurs au monde. Ses clichés sont régulièrement publiés par des revues de renom et ils sont, chaque année, sélectionnés par la Nasa sur son site Internet, le Nasa's Astrophoto of the Day (Apod).

Une petite célébrité que ce chef d'entreprise autrichien accueille avec humilité car ce qu'il recherche avant tout c'est révéler, par la finesse de ses images, les couleurs et les mystères de la voûte céleste. Ce qui n'était au début qu'un hobby est devenu une véritable passion. En 1996 exactement. Pour Noël, à la demande de l'un de ses deux fils, alors âgé de 15 ans, il achète un petit télescope. Une fois déballé de son carton, l'objet ne le quittera plus. Après un an d'observation en commun, l'adolescent se désintéresse de ces séances contemplatives alors que l'intérêt du père augmente.

Sa toute première image réussie, Johannes Schedler s'en souvient parfaitement : "C'était un cliché de la lune qui, une fois imprimé, laissait apparaître un superbe astre jaune avec de multiples cratères." Avec un simple matériel, un télescope et un appareil numérique basique, Johannes constate qu'il peut jouer sur l'esthétique. Plutôt technicien, amateur de photo, il ne lui en faut pas plus pour se prendre au jeu et chercher à améliorer la qualité de ses prises de vue. Il commence alors à s'informer sur Internet et envisage d'investir dans un matériel plus haut de gamme.

Le premier instrument de son fils lui avait coûté 100 euros, Johannes Schedler se dote d'un nouveau télescope d'une valeur multipliée par huit. Puis il rejoint un club local d'astronomie. Mais, depuis son appartement de Graz, ses observations pâtissent des lu­mières de la ville et de la pollution ambiante. Il entreprend alors, avec son épouse, un premier périple qui le mène tout près de là, à Emberger Alm, une station de ski nichée à 1600 mètres au cœur d'une région montagneuse et dont la vue plonge sur un grand lac. Pendant une nuit, Johannes se délecte du spectacle des étoiles.

Lorsqu'en 2000, il emménage dans sa maison de Wildon, il envisage aussitôt de se construire son propre observatoire. Située à 450 mètres au-dessus du niveau de la mer, à une latitude 47N et longitude 15.5E, la bâtisse et son vaste jardin lui offrent une situation idéale d'observation.  Et puis "sortir, installer le télescope, le calibrer, etc., ces opérations prennent au moins une heure à laquelle il faut ajouter une heure pour rapatrier le tout. C'était bien plus pratique de disposer d'une plateforme avec l'équipement installé une fois pour toutes", confie-t-il.

En l'espace d'un été, l'observatoire est construit. À l'intérieur, Johannes dispose désormais d'un télescope professionnel 16 " Cassegrain de 460 mm et d'une caméra numérique dernier cri. Le tout, relié à son ordinateur portable, lui permet de programmer à distance l'orientation, les focales et les durées d'exposition de ses prises de vues. C'est dans cette arche de 3 mètres sur 4 que l'astronome amateur passe régulièrement quelques-unes de ses nuits à scruter la Voie lactée.

Une bonne image nécessite parfois plus d'une vingtaine de prises de vue, réalisées avec des filtres de couleurs différents et des temps d'exposition variés. Reste ensuite à effectuer un long travail - parfois cinq à dix heures - de tri et d'amélioration des épreuves à l'aide de logiciels dédiés. Car si, à l'œil nu, le ciel ne se laisse observer qu'en noir et blanc, les photos de Johannes, en restant naturelles, magnifient l'espace de reliefs et de couleurs presque irréels.

Depuis son observatoire, l'astronome amateur s'intéresse particulièrement à la lune et aux planètes : "Ces astres sont si brillants et lumineux que, malgré la proximité des lumières de la ville et le ciel parfois nuageux, ils se laissent admirer et photographier sans problème." De fait, chaque objet céleste réclame un environnement précis et adapté à son observation. Si la lune s'admire de n'importe quel endroit, les nébuleuses réclament, elles, un ciel très obscur.

Quant aux constellations et aux galaxies, elles dévoilent leur secret au sommet des montagnes, dans un milieu stable et protégé du vent. En dépit de son matériel sophistiqué, la recherche de ces conditions optimales pousse Johannes Schedler à délaisser parfois le confort de son dôme pour de plus grands espaces.
L'astronome aime séjourner dans une ferme située à deux heures de Windhoek, la ca­pitale de la Namibie.

Depuis le Gams­berg Pass, ce site isolé à 2 300 mètres d'altitude au cœur du dé­sert et doté d'un observatoire, Johannes Sche­dler a réalisé des images de galaxies lointaines. "Ce point de vue en hauteur et l'environnement très noir du désert m'ont permis d'apprécier les détails incroyables des nébuleuses. C'est une émotion de se retrouver dans un espace quasi sauvage, loin de tout. Dans le silence de la nature avec la magie du ciel pour seule compagnie."

Comme Johannes, les astronomes amateurs envisagent leur voyage sous l'angle de critères particuliers : l'isolement, l'altitude ou la localisation géographique. Les deux conditions essentielles du choix d'une destination pour l'astrophotographie sont la stabilité des conditions climatiques -  des environnements peu nuageux - et l'absence de lumière parasite. Les montagnes de Namibie ont donc sa faveur.

L'homme s'est également promené à Tenerife et, en France, dans la région des Hautes-Pyrénées, notamment au Pic du Midi qui dispose d'un observatoire et d'un club d'astronomie accueillant. Lorsqu'il ne peut se déplacer, Johannes Schedler organise son voyage dans les étoiles grâce à l'informatique. Comme cette fois où l'un de ses collègues, amateur comme lui, lui a offert de piloter son télescope à distance via Internet. "J'ai fait des images du ciel du Nouveau-Mexique sans bouger de chez moi, en recevant de ce confrère des instructions par Skype. Plutôt incroyable non ?"

Dans le monde, d'autres passionnés ont également acquis une solide réputation. Les Américains Don Goldman, Robert Gendler ou Ken Crawford se sont aussi lancés dans une course - informelle - à la plus belle image céleste. Johannes Schedler les connaît bien. "On échange des informations par email, on se rencontre lors de colloques internationaux." Une compétition amicale qui pousse l'astronome à toujours chercher à améliorer ses clichés par de nouvelles observations. Et de nouvelles destinations.

Dans ses projets figure le Chili, véritable Eldorado pour les astronomes amateurs. Le pays, coincé entre l'océan Pacifique et la Cordillère des Andes, offre des paysages d'une beauté à couper le souffle. Ce qui attire Johannes Schedler, ce sont les conditions météo du nord du pays, notamment le fabuleux désert de l'Atacama qui offre le meilleur ciel de la planète.

L'astrophotographe s'y rendra avant la fin de l'année. Son objectif ? Scruter la Voie lactée et le ciel austral à près de 5 000 mè­tres d'altitude et y installer un petit observatoire qu'il pourra manipuler via Internet depuis son domaine autrichien. En attendant, Johannes Schedler prendra des vacances. L'homme aime explorer la campagne à bicyclette ou visiter des cités médiévales. Des loisirs qu'il troque volontiers contre ses voyages stellaires.
   
Le site de Johannes Schedler : www.panther-observatory.com

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