À Giverny, le Japon de Claude Monet

Asie-Pacifique

La maison familiale du père de l’impressionnisme, en Normandie, offre à voir des paysages japonais sous forme d’estampes. 

Jean-Luc Toula-Breysse  


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Pratique
À voir
Fondation Claude Monet, Giverny,
84, rue Claude-Monet, 27620 Giverny.
Ouvert tous les jours jusqu'au 1er novembre.
Tél. : 02.32.51.28.21.
www.fondation-monet.com

Se restaurer
Restaurant les Nympheas. En face de la maison de Claude Monet.
Menus à 18, 24 et 32 €.
Tél. : 02.32.21.20.31.

À lire
La Collection d'estampes japonaises de Claude Monet,
de Geneviève Aitken et Marianne Delafond
La Bibliothèque des arts - Fondation Claude Monet, 29 €.

Le Jardin de Monet à Giverny, l'invention d'un paysage
Catalogue de l'exposition, 32€.

Situation de Giverny ©

La Normandie sous le soleil du Japon. Claude Monet, bien que n'ayant jamais visité l'empire in­sulaire, connaissait l'uni­vers esthétique des maîtres nippons. Comme pour ses contemporains, en premier lieu Edmond et Jules de Goncourt, le japonisme lui révèle de nouveaux horizons picturaux. Cette vague artistique que Baudelaire qualifiait de "japoneries" fut découverte par le public occidental à l'Exposition universelle parisienne de 1867, la première à recevoir une délégation officielle japonaise.

L'initiateur de l'art abstrait du XXe siècle s'entiche des images du monde flottant (ukyo-e). Il partage cet engouement avec un autre peintre, Vincent Van Gogh, ainsi qu'avec le sculpteur Auguste Rodin. Claude Monet dit "avoir acheté autrefois en paquets, pour quelques francs, en Hollande" ses premières gravures. Toute sa vie, il enrichira sa collection. À Giverny, au sein de la demeure familiale, principalement sur les murs jaunes de la salle à manger, sont accrochées plus de deux cents estampes japonaises. Signées des renommés Katsushika Hokusai (1760-1849), Andô Hiroshige (1797-1858), Kitagawa Utamaro (1753-1806), elles invitent à une rêverie poétique. Courtisanes, acteurs de kabuki, carpes, grues, chrysanthèmes et abeilles représentent un ailleurs où chacun vaque à ses occupations quotidiennes. Une leçon de vie.

Claude Monet aime aussi la nature. Un parfum de rosée, le bruissement des saules, la floraison d'un prunus l'enchantent. La beauté plastique des ­paysages qu'il compose ­re­flète la sagesse d'un homme respectant le végétal. Dans le jardin d'eau et le clos normand de nombreuses espèces proviennent du Japon : cerisiers, pommiers, co­gnassiers, érables, saules, azalées, iris et pi­voines...

Le père de l'impressionnisme commande notamment au pépiniériste Georges Truffaut des espèces rares. Des amis nippons lui envoient des graines. À l'initiative du peintre, une importante plantation de bambous formant un bois dense agrémente ce paysage aquatique. Sur le pont japonais, des glycines blanches et mauves, l'une chinoise, l'autre de l'empire du Soleil-Levant vrillent au-dessus des eaux de l'étang tapissées en été de nénuphars. Le jardin est indéniablement sous influence japonaise, mais certainement pas zen.

Dans la même rue que la maison du peintre, le nouveau musée des Impressionnismes (ex-musée d'Art américain, à Giverny) vient d'ouvrir ses portes au mois de mai et accueille pour sa première exposition des toiles de Claude Monet. Un événement. Des prêts exceptionnels de grands établissements publics, le musée d'Orsay en tête, et de collectionneurs privés dont plusieurs représentations célèbres du pont japonais et du bassin aux nymphéas.

Dans la salle dédiée à la photographie, un cliché montre Claude Monet, Blanche, sa belle-fille, Georges Clemenceau, en compagnie d'une élégante en kimono d'origine princière, Mme Kuroki, femme d'un collectionneur japonais. À partir de 1912, il ne peint pratiquement plus que son jardin. De plus en plus détaché du réel, il privilégie le mouvement dans l'immobilité. Une vision toute extrême-orientale.