Itinéraire (agité) d’une valise ordinaire

Enquête

Pendant que vous sirotez tranquillement un café en attendant d'embarquer, votre bagage traverse toute une série d'épreuves, de l'enregistrement jusqu'à la soute.

 

Estelle Nouel  


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Pratique
Vous pouvez retrouver toutes les recommandations concernant vos bagages sur le site des Aéroports de Paris :
www.aeroportsdeparis.fr

valise.jpg © Alessandro Errichiello

Aéroport de Lyon Saint-Exupéry, 13h15. Vous vous dirigez vers le comptoir d'enregistrement. Le décollage de votre vol, à destination de Prague, est prévu dans deux heures. En voyageur aguerri, vous avez bouclé votre valise hier soir sans oublier de respecter les consignes de sécurité en vigueur (voir encadré). Ce qui ne vous assure pas de la retrouver à l'arrivée dans le même état qu'au départ. Dans les aéroports, on ne compte plus les voyageurs furieux ou désespérés parce que leur bagage a été abîmé, volé ou perdu.

Depuis le 11 septembre, les exigences de sécurité se sont fortement renforcées dans les aéroports tandis que le concept de "hub" s'est généralisé, entraînant des ca­dences d'atterrissage et de décollage d'un avion par minute, voire plus. Si le contrôle des bagages est plus poussé, il doit désormais s'effectuer en un temps record. Sans compter l'acheminement jusqu'à l'appareil. D'où la multiplication des incidents de parcours. Tout se passe dans une zone ultra sécurisée, à l'abri des regards des voyageurs. Dans les aéroports franciliens, impossible de mettre le nez dans les zones réservées. Depuis 2001, les autorisations de visite sont presque toujours refusées aux journalistes. C'est pourtant à Roissy qu'en septembre dernier douze bagagistes suspectés d'avoir volé pour 450 000 euros de marchandises ont été interpellés. En 2007, 621 plaintes ont été déposées pour vols de bagages au niveau du Terminal 2, soit une hausse de 24% par rapport à 2006. Aucun phénomène de cette ampleur à l'Aéroport Lyon Saint-Exupéry même si, ici aussi, des bagagistes indélicats ont déjà été pris la main dans le sac. Mais l'aéroport accepte volontiers de nous faire découvrir ses coulisses. En 2008, le trafic passager y était de 7,9 millions. À raison d'une valise en moyenne par personne, cela signifie 16 millions de bagages traités par an par 48 compagnies aériennes.

Retour au comptoir d'enregistrement. C'est Giacomo Pinto, chef d'escale de permanence, qui nous sert de guide. Nous attendons qu'une valise soit pesée et que l'hôtesse y appose une étiquette, le "tag". Une sorte de pièce d'identité. Autant dire que si elle est arrachée, il y a peu de chance de retrouver le bagage. "Mieux vaut l'étiqueter clairement vous-même avec vos noms et coordonnées à la fois à l'extérieur et à l'intérieur", conseille le chef d'escale. Enregistrée, la valise est maintenant mise sur un tapis roulant et disparaît. Avec Giacomo, nous passons de l'autre côté du miroir.

La valise s'achemine tranquillement vers la zone de contrôle automatique. Située à l'extérieur, côté pistes, elle comprend quatre convoyeurs. Chacun d'entre eux est équipé d'un appareil à rayons X. L'inspection-filtrage des ba­gages de soute peut commencer. "L'objectif est de détecter des engins explosifs. Dans les bagages de cabine, on va plutôt rechercher les objets qui pourraient menacer l'équipage", précise Giacomo. Premier contrôle. Si la machine ne détecte rien de suspect, le sac est dit "clair" et continue sa route. Il aura mis environ quatre minutes depuis l'enregistrement jusqu'à la fin du contrôle. En revanche, si une alarme se déclenche, le bagage est arrêté. Une image est envoyée instantanément à un opérateur qui a quelques secondes pour l'analyser sur son écran. Là encore, il peut décider de le laisser poursuivre son périple. Mais s'il a un doute, il l'achemine alors vers une autre machine, le tomographe. C'est un scanner qui offre une visualisation beaucoup plus fine. Nombre de bagages arrivent jusqu'à ce niveau de contrôle. Et pourtant, ils ne contiennent rien de dangereux. "Les pistolets en plastique des enfants sont tellement réalistes que nous les prenons pour des vrais !", témoigne Franck Ponsen, coordinateur de sûreté. Si une arme n'a pas été déclarée ou si le doute persiste sur un objet, la sûreté appelle la compagnie, qui vient sur place avec le propriétaire du bagage. Il est ouvert en sa présence. Cette démarche, baptisée "la levée de doute", permet généralement au voyageur d'être innocenté. Mais entre-temps, il se peut que les autres bagages aient été acheminés jusqu'à l'avion et qu'il soit obligé de partir sans sa valise. La règle est simple : l'avion n'attend pas ! "Les valises restées à l'aéroport changent de statut et deviennent des bagages dits ‘rush'. Elles partent dans l'un des vols suivants", ajoute Giacomo Pinto.

Retour à la zone de contrôle. Pour éviter les incidents, Giacomo conseille aux voyageurs de ne pas remplir leur bagage de soute avec certains produits, pourtant bien inoffensifs.
La fameuse pâte à tartiner au chocolat et aux noisettes fait frémir les rayons X, incapables de l'identifier, tandis que les empilements de boîtes de craie d'art auraient une fâcheuse tendance à ressembler à des pains d'explosifs. "Je peux dire que j'ai tout vu ! témoigne Franck Ponsen. Il y a peu de temps, je suis même tombé sur un squelette humain ! C'est un médecin qui se promenait avec." Étonnant quand il est de notoriété publique que les valises sont inspectées dans les moindres recoins. 

Arrivée en bout de tapis, la valise est chargée par des bagagistes, en vrac ou dans des conteneurs, afin d'être acheminée jusqu'à la soute de l'avion. Là, pas le temps de ménager vos biens ! Les compagnies aériennes font tout pour limiter les temps d'escale et les bagagistes doivent suivre la cadence. Pour preuve, les roulettes, poignées et autres accessoires tombés à cet endroit. Alors, évitez d'y mettre du vin ou des objets de valeur comme un ordinateur portable ou un appareil photo comme cela se fait encore trop souvent. La valise chanceuse restera ensuite dans son conteneur, arrimée dans le ventre de l'appareil. Bien calée, elle ne bougera plus. Par contre, chargée en vrac, elle subira d'autres manipulations. Entourée d'un filet, elle pourra aussi être un peu secouée pendant le vol. Si elle n'est pas déchargée avant. En effet, impossible qu'une valise décolle sans son propriétaire, sécurité oblige ! Si ce dernier n'est pas dans l'avion, on vide entièrement la soute pour la récupérer puis remettre les autres à leur place ! Fin de parcours pour votre valise. Dans la majorité des cas, vous la retrouverez en bon état à destination. Après qu'elle en a vu de toutes les couleurs !


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