L'univers par le grand bout de la lorgnette
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Pas besoin d'aller au Chili pour marcher dans les étoiles. À Saint-Michel-l'Observatoire, en Haute-Provence, les animateurs scientifiques proposent des conférences et des balades cosmiques pour petits et grands. |
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Observatoire
de Haute-Provence
Tél. : 04.92.70.64.00.
Site : http://altair.obs-hp.fr
Centre d'astronomie de Saint-Michel-l'Observatoire
Tél. : 04.92.76.69.09 (syndicat d'initiative de Saint-Michel-l'Observatoire)
Site : www.centre-astro.fr
p049_ul131_Etoile.jpg ©
Saint-Michel-l'Observatoire, Alpes de Haute-Provence. Le Mistral a ses avantages. En dégageant les poussières et les brumes, il laisse derrière lui une hallucinante ouverture sur l'univers. La pollution lumineuse est faible dans la région. La plus grande ville du département, Manosque, compte 24 000 habitants. Même en janvier, les mômes font des vœux en regardant les étoiles filantes. Deux cent cinquante à trois cents nuits claires, observables par an, le phénomène est de plus en plus rare. Le ciel de Provence offre l'une des voûtes célestes les plus pures d'Europe. De quoi gamberger sur la place de l'homo économicus au sein du cosmos. De quoi observer ce qui existe irréfutablement, que l'on soit athée, agnostique, apathique ou croyant. Nébuleuses lumineuses. Constellations épiques. Milliards d'étoiles. On pense d'abord à Woody Allen : "Je suis abasourdi par le nombre de personnes qui veulent connaître l'univers alors qu'il est déjà suffisamment difficile de se repérer dans le quartier chinois de New York."
Puis on se rassure. Tout est prévu à Saint-Michel-l'Observatoire pour s'y retrouver : un centre d'astronomie, un observatoire du CNRS, des randonnées nocturnes. Avant de pousser la porte du centre d'astronomie, le regard se pose sur le pays de Forcalquier. La fluidité du ciel se conjugue ici avec des villages médiévaux perchés sur leur piton rocheux. La région paraît exquise en toute saison. Au printemps explose le génie chromatique des lavandes et autres fleurs sauvages. En été résonne le chant des cigales - à ne pas confondre avec le club échangiste éponyme de Marseille. En automne, les forêts de hêtres et de chênes dévoilent leurs harmonies de pain d'épice et de feu. En hiver, la truffe et sa charlotte d'épaule de veau confite aux aubergines colonisent les assiettes. Par ces temps de crise, il est beaucoup plus simple d'aller en Haute-Provence qu'au Chili pour observer l'univers. Et pas moins étonnant. Comme ces étoiles en pagaille.
Au centre d'astronomie de Saint-Michel-l'Observatoire, les animations sont claires, pédagogiques, utiles. On y organise régulièrement, en après-midi, des observations du soleil et, en soirée, des veillées d'étoiles. On se forge ici quelques notions de base pour voir plus loin que la queue de la Grande Ourse. Découvrir les Pléiades, le Dragon, la chevelure de Bérénice, Pégase ou Orion. Bien sûr, les étoiles désignées par les constellations n'ont finalement pas d'autres rapports entre elles que le dessin qu'elles forment dans le ciel. Mais il faut bien trouver des repères, quand on est ainsi confronté à l'inconcevable, au recul des limites, à l'absence de centre. On apprend donc à ne plus confondre l'étoile polaire - qui indique le Nord - avec l'étoile du Berger, qui n'est autre que la planète Vénus et qui ne brille que parce qu'elle est éclairée par le soleil.
Ciel de nuit à l'infini des mirettes. On se représente le ciel comme un gigantesque dôme. Évidemment, on se trompe. Les dimensions de l'univers sont multiples. On essaye d'estimer les distances, les lumières qui voyagent, depuis très longtemps parfois. Dans la constellation du Cygne, à l'œil nu, il est possible de repérer l'étoile Deneb - pays merveilleux, comme de bien entendu - dont la lumière naquit sans doute au temps des Égyptiens. Sa distance est en effet estimée jusqu'à 3 200 années lumières. Là, il faut prendre quelques secondes, quelques minutes, au moins. Se poser. L'astrophysicien Hubert Reeves, qui tiendra ici une conférence le 8 août prochain, résume : "Pour tirer le meilleur parti des connaissances acquises, pour en extraire toute la richesse, il importe de ne pas s'y habituer trop vite, de se laisser le temps de la surprise et de l'étonnement." (Extrait de L'espace prend la forme de mon regard, éd. Le Seuil, 1999).
Devant de tels scintillements, une question revient, fatalement. Sommes-nous seuls dans l'univers ? Des centaines de milliards de galaxies, dont Andromède que l'on voit ici à merveille dans des jumelles astronomiques. Des centaines de milliards de systèmes solaires dans chaque galaxie. La vie, ou quelque chose qui y ressemble peut-être, ou de fondamentalement différent, ailleurs, dans l'univers, ça ne paraît plus improbable. On pense à la bande dessinée Calvin et Hobbes : "La preuve la plus certaine que la vie intelligente existe ailleurs dans l'univers est qu'aucun d'eux n'a essayé de nous contacter."
En après-midi, le centre organise des séances d'observation du soleil. On y voit la naine blanche dans un télescope de 60 centimètres de diamètre, avec un filtre rouge grâce auquel on peut apercevoir ses protubérances - des explosions nucléaires.
Puis on se rassure. Tout est prévu à Saint-Michel-l'Observatoire pour s'y retrouver : un centre d'astronomie, un observatoire du CNRS, des randonnées nocturnes. Avant de pousser la porte du centre d'astronomie, le regard se pose sur le pays de Forcalquier. La fluidité du ciel se conjugue ici avec des villages médiévaux perchés sur leur piton rocheux. La région paraît exquise en toute saison. Au printemps explose le génie chromatique des lavandes et autres fleurs sauvages. En été résonne le chant des cigales - à ne pas confondre avec le club échangiste éponyme de Marseille. En automne, les forêts de hêtres et de chênes dévoilent leurs harmonies de pain d'épice et de feu. En hiver, la truffe et sa charlotte d'épaule de veau confite aux aubergines colonisent les assiettes. Par ces temps de crise, il est beaucoup plus simple d'aller en Haute-Provence qu'au Chili pour observer l'univers. Et pas moins étonnant. Comme ces étoiles en pagaille.
Au centre d'astronomie de Saint-Michel-l'Observatoire, les animations sont claires, pédagogiques, utiles. On y organise régulièrement, en après-midi, des observations du soleil et, en soirée, des veillées d'étoiles. On se forge ici quelques notions de base pour voir plus loin que la queue de la Grande Ourse. Découvrir les Pléiades, le Dragon, la chevelure de Bérénice, Pégase ou Orion. Bien sûr, les étoiles désignées par les constellations n'ont finalement pas d'autres rapports entre elles que le dessin qu'elles forment dans le ciel. Mais il faut bien trouver des repères, quand on est ainsi confronté à l'inconcevable, au recul des limites, à l'absence de centre. On apprend donc à ne plus confondre l'étoile polaire - qui indique le Nord - avec l'étoile du Berger, qui n'est autre que la planète Vénus et qui ne brille que parce qu'elle est éclairée par le soleil.
Ciel de nuit à l'infini des mirettes. On se représente le ciel comme un gigantesque dôme. Évidemment, on se trompe. Les dimensions de l'univers sont multiples. On essaye d'estimer les distances, les lumières qui voyagent, depuis très longtemps parfois. Dans la constellation du Cygne, à l'œil nu, il est possible de repérer l'étoile Deneb - pays merveilleux, comme de bien entendu - dont la lumière naquit sans doute au temps des Égyptiens. Sa distance est en effet estimée jusqu'à 3 200 années lumières. Là, il faut prendre quelques secondes, quelques minutes, au moins. Se poser. L'astrophysicien Hubert Reeves, qui tiendra ici une conférence le 8 août prochain, résume : "Pour tirer le meilleur parti des connaissances acquises, pour en extraire toute la richesse, il importe de ne pas s'y habituer trop vite, de se laisser le temps de la surprise et de l'étonnement." (Extrait de L'espace prend la forme de mon regard, éd. Le Seuil, 1999).
Devant de tels scintillements, une question revient, fatalement. Sommes-nous seuls dans l'univers ? Des centaines de milliards de galaxies, dont Andromède que l'on voit ici à merveille dans des jumelles astronomiques. Des centaines de milliards de systèmes solaires dans chaque galaxie. La vie, ou quelque chose qui y ressemble peut-être, ou de fondamentalement différent, ailleurs, dans l'univers, ça ne paraît plus improbable. On pense à la bande dessinée Calvin et Hobbes : "La preuve la plus certaine que la vie intelligente existe ailleurs dans l'univers est qu'aucun d'eux n'a essayé de nous contacter."
En après-midi, le centre organise des séances d'observation du soleil. On y voit la naine blanche dans un télescope de 60 centimètres de diamètre, avec un filtre rouge grâce auquel on peut apercevoir ses protubérances - des explosions nucléaires.
Quand une protubérance mesure trois millimètres dans l'œil du télescope, elle mesure en réalité... trois fois la taille de la Terre. À le voir briller depuis Forcalquier, on ne voyait pas les choses comme cela. Passons au Siderostat. Par un jeu spécifique de miroirs, ce télescope permet de projeter sur grand écran une image du soleil de deux mètres de diamètre. On vous a dit que le diamètre du soleil était 109 fois plus grand que celui de la Terre. Bien. C'est un chiffre. Un rapport mathématique. Vous avez imaginé quelque chose mais quoi au juste, vous n'en savez rien. Quand, soudain, à côté de l'image du soleil reflété dans le siderostat, vous distinguez une ombre, minuscule, ronde, oui, c'est ça, une représentation de la Terre. Vous commencez à comprendre. À ressentir quelque chose. Ça vous reprend. Vous ressentez le volume du soleil. C'est le genre de tilt qui fait les émus du ciel et naître les vocations. "Je me souviens, adolescent, avoir observé une éclipse de lune, explique Michaël, animateur au centre d'astronomie. D'un coup, j'ai compris, concrètement, que ce que je voyais était l'ombre de la Terre qui passait sur la lune. Ma passion pour l'astronomie a commencé ce jour-là."
On file vers l'Observatoire de Haute-Provence (OHP), près du centre d'astronomie, pour en découdre. Comme des champignons géants sortis de nulle part, au milieu de chênes blancs, treize coupoles abritent ici des instruments d'observation du ciel. Tintin a dû passer par là au temps de L'Étoile mystérieuse. Construit en 1937, piloté par le CNRS, cet observatoire fut longtemps le plus grand d'Europe. L'utilisation des télescopes est ici réservée aux chercheurs de toutes nationalités mais l'OHP ouvre régulièrement ses portes au public pour le faire visiter et y organiser des conférences. Ici, les astrophysiciens travaillent sur des sujets très pointus. "Chaque chercheur travaille sur la minuscule portion d'un phénomène universel et c'est déjà énorme !", résume Michel Boer, le directeur de l'OHP. Parmi les télescopes de l'observatoire, une star : le "193". Dix mètres de haut. Un mètre quatre-vingt-treize de diamètre. On vient du monde entier pour le voir. Son spectrographe, logiciel qui analyse la couleur et le mouvement des étoiles, s'appelle Sophie. Ses analyses ont permis de découvrir la première planète hors du système solaire en 1995. Le "193" n'est pas le plus grand télescope du monde. Mais son niveau de précision est tel qu'il permettrait de détecter les mouvements d'un piéton situé à vingt années lumières de la terre. On ne sait jamais.
Retour sur terre, tout doucement. On décide de bouger dans ce terroir étonnant perché à six cents mètres d'altitude. Jeux de lumière avec vue imprenable sur les montagnes du Lubéron. Provence profonde, pur jus de Giono, qui vivait à Manosque, avec d'innombrables petites routes désertes qui mènent vers des bleds tantôt jolis, tantôt magnifiques comme Dauphin. L'air et l'eau y ont du goût. Voilà Forcalquier, la commune idéale où se poser, à une dizaine de kilomètres de Saint-Michel-l'Observatoire. Ce très grand village cultive un état d'esprit ouvert, un savoureux mélange entre traditions et modes de vies alternatifs : commerçants, néo-ruraux, maçons, néo-babs, artisans, chômeurs, bobos, artistes et écrivains s'y croisent (certaines de ces étiquettes sont d'ailleurs cumulables).
L'art en général, le livre en particulier, tiennent une place de choix dans la région. Des festivals lui sont régulièrement dédiés. Il y a presque une vingtaine d'années, un entrepreneur francilien a même tout laissé tomber pour créer à Banon, un village de mille habitants, Le Bleuet, une librairie de 450 mètres carrés... À Forcalquier, un cinéma programme des films d'auteurs, un festival de jazz s'annonce, un jeune couple peint dans un garage rénové en atelier d'artistes, le garage "L". On peut y boire une liqueur aux arômes du terroir dans une auberge croquignolette ou un petit noir au comptoir du "café du commerce", sur la place principale. Quand vous en sortez, vous jetez un œil vers le ciel. L'univers, immense, limpide, inconcevable, est toujours là. Prenez un bain d'étoile et reprenez le boulot. Il en restera toujours quelque chose.
On file vers l'Observatoire de Haute-Provence (OHP), près du centre d'astronomie, pour en découdre. Comme des champignons géants sortis de nulle part, au milieu de chênes blancs, treize coupoles abritent ici des instruments d'observation du ciel. Tintin a dû passer par là au temps de L'Étoile mystérieuse. Construit en 1937, piloté par le CNRS, cet observatoire fut longtemps le plus grand d'Europe. L'utilisation des télescopes est ici réservée aux chercheurs de toutes nationalités mais l'OHP ouvre régulièrement ses portes au public pour le faire visiter et y organiser des conférences. Ici, les astrophysiciens travaillent sur des sujets très pointus. "Chaque chercheur travaille sur la minuscule portion d'un phénomène universel et c'est déjà énorme !", résume Michel Boer, le directeur de l'OHP. Parmi les télescopes de l'observatoire, une star : le "193". Dix mètres de haut. Un mètre quatre-vingt-treize de diamètre. On vient du monde entier pour le voir. Son spectrographe, logiciel qui analyse la couleur et le mouvement des étoiles, s'appelle Sophie. Ses analyses ont permis de découvrir la première planète hors du système solaire en 1995. Le "193" n'est pas le plus grand télescope du monde. Mais son niveau de précision est tel qu'il permettrait de détecter les mouvements d'un piéton situé à vingt années lumières de la terre. On ne sait jamais.
Retour sur terre, tout doucement. On décide de bouger dans ce terroir étonnant perché à six cents mètres d'altitude. Jeux de lumière avec vue imprenable sur les montagnes du Lubéron. Provence profonde, pur jus de Giono, qui vivait à Manosque, avec d'innombrables petites routes désertes qui mènent vers des bleds tantôt jolis, tantôt magnifiques comme Dauphin. L'air et l'eau y ont du goût. Voilà Forcalquier, la commune idéale où se poser, à une dizaine de kilomètres de Saint-Michel-l'Observatoire. Ce très grand village cultive un état d'esprit ouvert, un savoureux mélange entre traditions et modes de vies alternatifs : commerçants, néo-ruraux, maçons, néo-babs, artisans, chômeurs, bobos, artistes et écrivains s'y croisent (certaines de ces étiquettes sont d'ailleurs cumulables).
L'art en général, le livre en particulier, tiennent une place de choix dans la région. Des festivals lui sont régulièrement dédiés. Il y a presque une vingtaine d'années, un entrepreneur francilien a même tout laissé tomber pour créer à Banon, un village de mille habitants, Le Bleuet, une librairie de 450 mètres carrés... À Forcalquier, un cinéma programme des films d'auteurs, un festival de jazz s'annonce, un jeune couple peint dans un garage rénové en atelier d'artistes, le garage "L". On peut y boire une liqueur aux arômes du terroir dans une auberge croquignolette ou un petit noir au comptoir du "café du commerce", sur la place principale. Quand vous en sortez, vous jetez un œil vers le ciel. L'univers, immense, limpide, inconcevable, est toujours là. Prenez un bain d'étoile et reprenez le boulot. Il en restera toujours quelque chose.



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