Le tourisme d’entreprise, c’est tendance !

Enquête

Visiter une usine plutôt qu'un château ou un musée... Le tourisme industriel se déve­loppe, poussé par les chambres de commerce et d'industrie et les offices du tourisme.

 

Hubert Prolongeau  


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À la RATP…

Une fois par mois, Patrick Schneider, agent de maîtrise sur la ligne 7 de la RATP, entraîne quelques visiteurs à la découverte du réseau.

Ici, pas de re­constitution : après un exposé dans son bureau, on déboule dans les postes de contrôle pour visionner un incident en direct. Une demi-heure dans le poste de manœuvre, puis dans celui de maintenance suivent un exposé didactique d'une heure dans le bureau du chef.

Quinze personnes au maximum ac­compagnent la visite organisée par le CDT de Seine-Saint-Denis.

Les enfants de moins de 12 ans étant interdits, le public est cons­titué de retraités et d'étudiants. 

En savoir +  www.ratp.fr/lesactualites/lesactus/1844.shtml

usine_0.jpg © Alessandro Errichiello

On a tous fait ça petit, au long d'un voyage en voiture, histoire de calmer les impatiences enfantines et de couper un peu la route : aller voir un berger faire son fromage ou s'arrêter dans la fraîcheur d'une cave écouter un vigneron expliquer le mystère de la transformation du vin. Nous étions les Monsieur Jourdain du tourisme industriel. Car l'ouverture des usines, ateliers et autres lieux industriels au public se développe. Elle a même pris un nom très officiel, devenant pour les professionnels le "tourisme de découverte économique".

En 2007, plus de huit millions de touristes en ont fait. "Le développement est incontestable, ex­plique-t-on à la Direction du tourisme. De nouveaux secteurs rejoignent l'activité : aux traditionnels entreprises d'agroalimentaire et de l'artisanat s'ajoutent de plus en plus des laboratoires, des entreprises scien­tifiques, des écomusées, tout ce qui touche au développement durable, tri de déchets et autres... Les étrangers (14 % des visiteurs, N.D.L.R.) viennent de plus en plus." Dans plusieurs régions (PACA, Anjou, Bretagne...), les chambres de commerce et d'industrie soutiennent l'activité. Elles ont même organisé à Angers en 2006 un "colloque européen de la visite d'entreprise". "L'idée est de se servir de la visite pour aider au développement des entreprises, raconte Claire Sauvigné, responsable du tourisme à l'Association des chambres françaises de commerce et d'industrie (ACFCI). Avec plusieurs objectifs en vue : l'image, les ventes, le recrutement". Souvent, comme chez ARC international (voir encadré), la visite est venue se greffer sur des pratiques déjà existantes mais réservées aux fournisseurs et aux postulants dans l'entreprise.

L'image, d'abord. Les entreprises sont des coquettes : si elles se montrent, c'est pour être vues. "Escal'Atlantic" a été conçue pour rendre plus pimpant le nom de Saint-Nazaire, peu évocateur de luxe et de vo­lupté. Un paquebot a été reconstruit, et toute une scénographie installée autour. Des entreprises polluantes ou affectées par une image négative, comme les usines de Fos-sur-Mer ou la Fédération nationale des carrières, essaient, en ces temps où l'écologie devient religion, de montrer qu'elles ne polluent pas, ou beaucoup moins qu'on veut bien le dire. Le groupe Thuan, à Saint-Étienne, fabricant de textile médical, va ouvrir ses portes au moins une fois par an pour faire oublier son image ringarde et vieillotte.

Les affaires, ensuite. Les entreprises d'agroalimentaire intégrant à la fin de leur circuit de visite le passage par une boutique constatent des ventes non négligeables. Les chocolateries Roland Réauté, en Anjou, réalisent ainsi 10 % de leur chiffre d'affaires sur la visite. Les savons de Marseille, dont la visite est au programme de circuits de croisière, en ont fait une activité majeure. En ces temps de crise, ce peut même devenir une opération de sauvetage pour certaines. "Une entreprise a récemment fermé chez nous, témoigne Bruno Terrin, conseiller économique à la chambre de commerce de Marseille. Je pense que des visites auraient pu la sauver." À Marseille encore, un fabricant de boules de pétanque, La boule bleue, qui organise déjà des visites veut en plus ouvrir un musée... "Cela nous permet aussi de nous positionner par rapport à la concurrence", raconte le patron d'une entreprise de calissons d'Aix, où les cinq fabricants du secteur organisent tous des visites.

Certaines régions sont en poin­te : Alsace, Bretagne, Midi-Pyrénées, Anjou... Pour les aider, l'ACFCI a créé un label national, régi par 163 critères de qualité, et des cabinets d'audit aident les entreprises à s'y repérer dans les avantages et inconvénients de la démarche. Une synergie se met en place avec les offices de tourisme, tour-opérateurs et caristes, pourvoyeurs habituels d'une clientèle de retraités ou de scolaires. Ainsi, les Santons Scaturo à Aubagne réalisent-ils 70 % de leur chiffre d'affaires avec les tour-opérateurs.

Maurice Faure, directeur des Calissons du roi René, à Aix, a déjà prévu le circuit de visites dans la prochaine fabrique qu'il fera cons­truire. "Avec les scolaires, la de­mande explose", constate Claire Sauvigné. Les réticences des entreprises se font donc de plus en plus rares. Entrent en ligne de compte le coût de l'équipement du parcours, les contraintes de sécurité, et le secret professionnel. "À cha­que réunion sur le sujet, il y a quelqu'un des RG qui nous explique qu'il faut se méfier des Japonais avec des appareils photo", ironise Luc Fauchois, chef de projet au comité départemental du tourisme de Seine-Saint-Denis. En Seine-Saint-Denis, justement, sont apparues des initiatives qui renouvellent un peu le genre. "L'idée de considérer cette activité comme un produit touristique à l'égal d'un autre l'a conduite à stagner et à ne fonctionner qu'avec l'artisanat d'art et l'agroalimentaire : on amène des gens en autocar dans les lieux où il y a une boutique à la sortie, s'insurge Fauchois. Nous avons voulu créer autre cho­se."

En 1998 a été lancée une initiative appelée "Et voilà le travail". L'idée ? Améliorer l'image du département et développer le tourisme de proximité. Aujour­d'hui sont proposées des visites dans une centaine d'entreprises aussi diverses que la RATP (voir encadré ci-contre), le Lido, le Musée de l'air...

Les entreprises n'accueillent que de petits groupes d'individuels, le comité départemental du tourisme assurant la logistique autre que les transports. L'objectif n'est pas de faire du chiffre : 5 000 à 6 000 visiteurs  par an. "Nous voulions éviter la re­constitution avec films et espaces aménagés et montrer vraiment le travail. Au début, nous étions les vilains petits canards. Aujour­d'hui, nous sommes sollicités par des régions qui n'y arrivent pas." "La définition de ce tourisme n'est pas encore très claire", avoue toutefois Claire Sauvigné. L'ACFCI a voulu lancer un observatoire, mais les entreprises sont avares d'informations. Le secteur se cherche. Les pistes sont multiples. L'union, en tout cas, se veut européenne. Tolède a accueilli en mars 2008 un colloque européen sur le sujet. On a pu y comparer diverses expériences : l'Allemagne ouvre la plupart des entreprises une fois par an, l'Angleterre a vu ses exigences sanitaires entraîner une baisse de l'activité. En Irlande, Guinness accueille chaque année un million de personnes.

En savoir+

Guide des sites industriels et techniques, de Bertrand Labes, éd. Horay (2004), 631 p., 23 €.
www.visite-entreprise.com


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