Les limites du tourisme vert
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Le Costa Rica est réputé pour être un exemple des meilleures pratiques écologiques. Mais le tourisme profite-t-il aux populations locales et à l'environnement ? Reportage à La Fortuna, un village au nord du pays. |
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Pratique
INFOSL'office du tourisme : www.visitcostarica.com (disponible en français).
L'association Actuar propose des excursions d'une demi-journée à plusieurs jours, ainsi que des forfaits séjours. www.actuarcostarica.com
Voir aussi la 9ème édition du guide québécois Ulysse Costa Rica, l'un des rares en français sur la destination. 22, 99 €.
SE LOGER
Le tour-opérateur Responsible Travel propose une série de lodges sur l'ensemble du pays. www.responsibletravel.com
Y ALLER
Plusieurs compagnies (Air France, KLM, Delta Airlines, American Airlines, Iberia, Continental, etc.) assurent des vols réguliers entre Paris et San José. Il n'y a pas de vols directs. Tarifs à partir de 750 € environ, en s'y prenant très longtemps à l'avance ! Sinon, comptez entre 850 € et 1 200 € en moyenne selon la saison.
Couvrant le rugissement des trombes d'eaux qui dévalent la paroi abrupte sur 70 mètres, un bourdonnement furieux se fait soudain entendre. Un homme attaché à un harnais surgit de la canopée de la forêt tropicale, suspendu à un long câble d'acier tendu par-delà le canyon vertigineux des chutes. En passant à toute allure au-dessus de nos têtes, il pousse un hurlement de ravissement : "Youhhoouuh !" Carlos Espinoza ne cache pas son exaspération : "Tout ce tintouin dérange les animaux. Ce n'est pas une bonne chose d'avoir installé ces tyroliennes en pleine forêt tropicale. Ces gens-là ne viennent que pour s'amuser, pas pour observer les animaux sauvages."
Nous nous tenons sur une plateforme d'observation en bois, construite par un groupe associatif local, l'Association de Desarollo La Fortuna, responsable des chutes de La Fortuna au Costa Rica. Carlos, directeur de l'association, a contribué à mobiliser des paysans de la région pour rendre cet ancien terrain public de 15 hectares à son état originel de forêt tropicale. Depuis 1980, les recettes des billets d'entrée à 6 dollars (4 euros) vendus aux touristes pour pénétrer dans cette "forêt de transition" ont permis de construire une route d'accès au site, ainsi qu'un parking, des toilettes, un café et une boutique de souvenirs. "Le site rapporte chaque année 198 000 euros à la communauté, explique Carlos. Six personnes y travaillent à plein-temps. Nous voulons aussi aménager des sentiers plus praticables, car les touristes adorent la randonnée. Mais ce sont surtout les chutes qui les attirent. Nous ne faisons pas de publicité, car nous ne voulons pas être submergés de visiteurs - nous en recevons déjà entre 200 et 300 par jour."
Le Costa Rica s'est acquis une réputation pour sa biodiversité - 5 % des ressources mondiales totales, pour un territoire ne couvrant que 1,1 % de la planète -, la richesse de ses écosystèmes, qui déclinent pas six types de biotopes différents. Le pays accueille chaque année près d'un million et demi de touristes - chiffre que le gouvernement espère doubler d'ici à 2012 - et beaucoup passent par le village de La Fortuna, idéalement situé pour rayonner vers de nombreux sites du nord du pays.
À deux heures de là vers l'ouest, en empruntant une route difficile, on arrive à Monteverde, une réserve naturelle créée par des Quakers américains qui avaient fui la conscription à l'époque de la guerre de Corée. C'est maintenant l'endroit le plus apprécié du pays pour découvrir l'habitat de la forêt tropicale d'altitude, l'une des douze dernières vraies forêts primaires du monde. C'est également là que se trouve la forêt éternelle des enfants, réserve naturelle de 22 000 hectares qui ont échappé aux tronçonneuses à la fin des années quatre-vingt, grâce à des milliers d'écoliers du monde entier qui ont collecté des fonds pour l'acheter collectivement. Aujourd'hui, les touristes ne sont autorisés à s'y promener que le long d'un unique sentier balisé.
À une demi-heure au nord de La Fortuna, où que le regard se tourne, il est attiré par le cratère frémissant de l'Arenal. À l'ombre du cône parfait de ce volcan actif s'étire le plus grand lac artificiel du pays. Juste à côté du barrage hydroélectrique qui lui a donné naissance, un réseau de ponts suspendus permet aux touristes de traverser la forêt tropicale au-dessus de la cime des arbres. L'ensemble de ces attractions suffit déjà à attirer pratiquement la moitié de l'ensemble des touristes qui se rendent au Costa Rica. "J'ai cultivé cette terre pendant vingt-deux ans, confie Carlos en me conduisant vers sa ferme. J'avais quelques têtes de bétail et je cultivais des noix de macadamia, mais ce n'était pas rentable et je savais que je participais à la détérioration de l'environnement. Il y a deux ans, j'ai décidé de bâtir deux chalets écologiques. Depuis, mon exploitation prend de la valeur de jour en jour." Comment a-t-il réussi à se reconvertir pour passer de l'agriculture au tourisme ? "J'ai fait un emprunt bancaire sur dix ans, explique-t-il. La banque m'a prêté la moitié de la somme qu'il me fallait ; j'ai financé l'autre moitié." Carlos craint toutefois que les retombées financières des activités touristiques ne donnent de mauvaises habitudes à la communauté. "La banque nous pousse à nous agrandir, mais nous devons être prudents. Nous ne voulons pas voir débarquer des cars entiers de touristes !"
Une vision que tout le monde ne partage pas à La Fortuna. De l'autre côté du ravin creusé par les chutes de La Fortuna, la société à l'origine de la tyrolienne a racheté des terres. Arenal Mundo Aventura est un "parc tropical écologique"
Nous nous tenons sur une plateforme d'observation en bois, construite par un groupe associatif local, l'Association de Desarollo La Fortuna, responsable des chutes de La Fortuna au Costa Rica. Carlos, directeur de l'association, a contribué à mobiliser des paysans de la région pour rendre cet ancien terrain public de 15 hectares à son état originel de forêt tropicale. Depuis 1980, les recettes des billets d'entrée à 6 dollars (4 euros) vendus aux touristes pour pénétrer dans cette "forêt de transition" ont permis de construire une route d'accès au site, ainsi qu'un parking, des toilettes, un café et une boutique de souvenirs. "Le site rapporte chaque année 198 000 euros à la communauté, explique Carlos. Six personnes y travaillent à plein-temps. Nous voulons aussi aménager des sentiers plus praticables, car les touristes adorent la randonnée. Mais ce sont surtout les chutes qui les attirent. Nous ne faisons pas de publicité, car nous ne voulons pas être submergés de visiteurs - nous en recevons déjà entre 200 et 300 par jour."
Le Costa Rica s'est acquis une réputation pour sa biodiversité - 5 % des ressources mondiales totales, pour un territoire ne couvrant que 1,1 % de la planète -, la richesse de ses écosystèmes, qui déclinent pas six types de biotopes différents. Le pays accueille chaque année près d'un million et demi de touristes - chiffre que le gouvernement espère doubler d'ici à 2012 - et beaucoup passent par le village de La Fortuna, idéalement situé pour rayonner vers de nombreux sites du nord du pays.
À deux heures de là vers l'ouest, en empruntant une route difficile, on arrive à Monteverde, une réserve naturelle créée par des Quakers américains qui avaient fui la conscription à l'époque de la guerre de Corée. C'est maintenant l'endroit le plus apprécié du pays pour découvrir l'habitat de la forêt tropicale d'altitude, l'une des douze dernières vraies forêts primaires du monde. C'est également là que se trouve la forêt éternelle des enfants, réserve naturelle de 22 000 hectares qui ont échappé aux tronçonneuses à la fin des années quatre-vingt, grâce à des milliers d'écoliers du monde entier qui ont collecté des fonds pour l'acheter collectivement. Aujourd'hui, les touristes ne sont autorisés à s'y promener que le long d'un unique sentier balisé.
À une demi-heure au nord de La Fortuna, où que le regard se tourne, il est attiré par le cratère frémissant de l'Arenal. À l'ombre du cône parfait de ce volcan actif s'étire le plus grand lac artificiel du pays. Juste à côté du barrage hydroélectrique qui lui a donné naissance, un réseau de ponts suspendus permet aux touristes de traverser la forêt tropicale au-dessus de la cime des arbres. L'ensemble de ces attractions suffit déjà à attirer pratiquement la moitié de l'ensemble des touristes qui se rendent au Costa Rica. "J'ai cultivé cette terre pendant vingt-deux ans, confie Carlos en me conduisant vers sa ferme. J'avais quelques têtes de bétail et je cultivais des noix de macadamia, mais ce n'était pas rentable et je savais que je participais à la détérioration de l'environnement. Il y a deux ans, j'ai décidé de bâtir deux chalets écologiques. Depuis, mon exploitation prend de la valeur de jour en jour." Comment a-t-il réussi à se reconvertir pour passer de l'agriculture au tourisme ? "J'ai fait un emprunt bancaire sur dix ans, explique-t-il. La banque m'a prêté la moitié de la somme qu'il me fallait ; j'ai financé l'autre moitié." Carlos craint toutefois que les retombées financières des activités touristiques ne donnent de mauvaises habitudes à la communauté. "La banque nous pousse à nous agrandir, mais nous devons être prudents. Nous ne voulons pas voir débarquer des cars entiers de touristes !"
Une vision que tout le monde ne partage pas à La Fortuna. De l'autre côté du ravin creusé par les chutes de La Fortuna, la société à l'origine de la tyrolienne a racheté des terres. Arenal Mundo Aventura est un "parc tropical écologique"
créé par un homme d'affaires local, également propriétaire de Luigi's, le plus grand hôtel au centre de La Fortuna. Outre les 4 kilomètres de câbles qui fendent la forêt tropicale, le parc propose une volière de papillons protégée sous des filets, des balades à cheval, de l'escalade et un village maleku, "construit dans la plus pure tradition par une tribu indigène". Sur le parking d'Arenal Mundo Aventura, j'enfourche un cheval plutôt émacié, et nous filons sur un sentier qui serpente entre un torrent et le village maleku. Un couple de vacanciers de Mobile, dans l'Alabama, et deux guides de la société m'accompagnent. Nous profitons de la promenade pour parler des projets que nourrit la société pour ce terrain. "C'est une excellente affaire pour le propriétaire, confie l'un des guides. Nous recevons environ 70 touristes par jour ici, surtout des groupes. Nous faisons payer 37 euros par personne pour l'accès à la tyrolienne, la visite du village maleku et un tour à cheval. Les guides qui travaillent ici ont un salaire mensuel de 170 euros par mois, que le propriétaire a rentabilisé en trois jours d'exploitation, à peu près." Il ajoute qu'il est prévu de construire un spa, une station d'altitude et un "terrain de golf".
Aucun terme n'a été plus galvaudé que celui d'"écotourisme". Si bien qu'on ne sait plus très bien ce qu'il recouvre. On a à maintes reprises tenté de le définir depuis le début des années quatre-vingts, à l'époque où Héctor Ceballos-Lascuràin, architecte et militant écologiste, a revendiqué la primeur de l'expression. "L'écotourisme est un voyage [...] non contaminateur dans des espaces naturels vierges, dont l'objectif premier est d'étudier, d'admirer et de savourer les paysages, les animaux et les plantes sauvages [...], écrivait-il en 1983. L'individu qui pratique l'écotourisme trouve une occasion de se fondre dans la nature comme très peu de personnes peuvent le faire dans la routine de leur vie urbaine. L'écotouriste finira par prendre conscience et mieux connaître l'environnement naturel, ainsi que ses aspects culturels, et deviendra par là même quelqu'un qui s'engagera activement dans tout ce qui touche à la préservation de la nature." Tout au long des années 1990, le terme "écotourisme" a fait florès. On a voulu y voir une reconnaissance du fait que le tourisme peut nuire à l'environnement, mais que l'on peut faire quelque chose pour ouvrir la voie à un tourisme durable. Cette prise de conscience arrivait à point. En 1998, l'ONU a publié un rapport prédisant ce que les touristes pourraient exiger d'ici à 2020. Il estimait que les destinations les plus prisées seraient "les sommets des plus hautes montagnes, les profondeurs des océans et les régions extrêmes de la Terre". Il ne se trompait pas : chaque année, les voyageurs vont désormais s'aventurer par dizaines de milliers dans l'Antarctique à bord de bateaux de croisière.
Au sens large, l'écotourisme concerne maintenant non seulement la préservation des habitats naturels, mais aussi celle de leurs occupants humains. Faut-il ouvrir au tourisme les biotopes les plus fragiles de la planète ? Ne vaudrait-il pas mieux que ces endroits ne restent accessibles qu'à une poignée de scientifiques et aux communautés indigènes pour mieux les protéger ? "La croissance massive du secteur de l'écotourisme inquiète les biologistes, affirmait en 2004 un rapport du New Scientist. De plus en plus d'indices indiquent que de nombreux animaux réagissent mal à la présence de touristes dans leur biotope. Les effets immédiats sont parfois discrets... Mais sur le long terme, l'impact des touristes pourrait compromettre la survie même des espèces animales qu'ils viennent admirer."
Avant de quitter le Costa Rica, je rencontre Diego Bermudez, président du Syndicat des guides touristiques costaricains qui enseigne à l'Institut professionnel du Costa Rica. Lui non plus ne cache pas son inquiétude : "Beaucoup de parcs dépassent le nombre maximum de visiteurs qu'ils sont autorisés à recevoir chaque jour. Il y a dix ans, je voyais cinq couples de quetzals [l'un des oiseaux les plus précieux de la région] par jour dans certains parcs. Aujourd'hui, je dois marcher des heures pour les trouver. Ce n'est pas aux touristes qu'il faut le reprocher - ils ne traversent pas les océans pour le plaisir de détruire nos écosystèmes. Mais nous devons nous doter d'une déontologie pour les entreprises qui font venir des gens ici." Lorsque je parle de cette proposition à Manuel Rodriguez, dirigeant du programme de Conservation International au Mexique et en Amérique centrale, il hausse les épaules dans un geste de résignation : "Que voulez-vous que je vous dise ? Il n'y a pas de vision ni aucune directive, par exemple, qui interdise de construire plus haut que la cime des arbres ou dans des zones où les tortues pondent. Tout dans le tourisme devrait faire l'objet de certifications écologiques, mais pour l'heure au Costa Rica, le projet ne repose que sur la base de l'adhésion volontaire. Sur ces questions, nous disons que nous sommes les champions de deuxième division, mais nous n'arrivons toujours pas à passer en première division."
Aucun terme n'a été plus galvaudé que celui d'"écotourisme". Si bien qu'on ne sait plus très bien ce qu'il recouvre. On a à maintes reprises tenté de le définir depuis le début des années quatre-vingts, à l'époque où Héctor Ceballos-Lascuràin, architecte et militant écologiste, a revendiqué la primeur de l'expression. "L'écotourisme est un voyage [...] non contaminateur dans des espaces naturels vierges, dont l'objectif premier est d'étudier, d'admirer et de savourer les paysages, les animaux et les plantes sauvages [...], écrivait-il en 1983. L'individu qui pratique l'écotourisme trouve une occasion de se fondre dans la nature comme très peu de personnes peuvent le faire dans la routine de leur vie urbaine. L'écotouriste finira par prendre conscience et mieux connaître l'environnement naturel, ainsi que ses aspects culturels, et deviendra par là même quelqu'un qui s'engagera activement dans tout ce qui touche à la préservation de la nature." Tout au long des années 1990, le terme "écotourisme" a fait florès. On a voulu y voir une reconnaissance du fait que le tourisme peut nuire à l'environnement, mais que l'on peut faire quelque chose pour ouvrir la voie à un tourisme durable. Cette prise de conscience arrivait à point. En 1998, l'ONU a publié un rapport prédisant ce que les touristes pourraient exiger d'ici à 2020. Il estimait que les destinations les plus prisées seraient "les sommets des plus hautes montagnes, les profondeurs des océans et les régions extrêmes de la Terre". Il ne se trompait pas : chaque année, les voyageurs vont désormais s'aventurer par dizaines de milliers dans l'Antarctique à bord de bateaux de croisière.
Au sens large, l'écotourisme concerne maintenant non seulement la préservation des habitats naturels, mais aussi celle de leurs occupants humains. Faut-il ouvrir au tourisme les biotopes les plus fragiles de la planète ? Ne vaudrait-il pas mieux que ces endroits ne restent accessibles qu'à une poignée de scientifiques et aux communautés indigènes pour mieux les protéger ? "La croissance massive du secteur de l'écotourisme inquiète les biologistes, affirmait en 2004 un rapport du New Scientist. De plus en plus d'indices indiquent que de nombreux animaux réagissent mal à la présence de touristes dans leur biotope. Les effets immédiats sont parfois discrets... Mais sur le long terme, l'impact des touristes pourrait compromettre la survie même des espèces animales qu'ils viennent admirer."
Avant de quitter le Costa Rica, je rencontre Diego Bermudez, président du Syndicat des guides touristiques costaricains qui enseigne à l'Institut professionnel du Costa Rica. Lui non plus ne cache pas son inquiétude : "Beaucoup de parcs dépassent le nombre maximum de visiteurs qu'ils sont autorisés à recevoir chaque jour. Il y a dix ans, je voyais cinq couples de quetzals [l'un des oiseaux les plus précieux de la région] par jour dans certains parcs. Aujourd'hui, je dois marcher des heures pour les trouver. Ce n'est pas aux touristes qu'il faut le reprocher - ils ne traversent pas les océans pour le plaisir de détruire nos écosystèmes. Mais nous devons nous doter d'une déontologie pour les entreprises qui font venir des gens ici." Lorsque je parle de cette proposition à Manuel Rodriguez, dirigeant du programme de Conservation International au Mexique et en Amérique centrale, il hausse les épaules dans un geste de résignation : "Que voulez-vous que je vous dise ? Il n'y a pas de vision ni aucune directive, par exemple, qui interdise de construire plus haut que la cime des arbres ou dans des zones où les tortues pondent. Tout dans le tourisme devrait faire l'objet de certifications écologiques, mais pour l'heure au Costa Rica, le projet ne repose que sur la base de l'adhésion volontaire. Sur ces questions, nous disons que nous sommes les champions de deuxième division, mais nous n'arrivons toujours pas à passer en première division."



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