Sur la route des manoirs de la Baltique

Europe

Deux cents manoirs entourés de vastes domaines dont une cinquantaine ont été transformés en hôtel ou en restaurant. 

Sophie Crépon  


  • Imprimer
  • Caractère
  • Commenter 4
  •  
  • Mes dossiers
  • Envoyer Envoyer
  • Partager
Pratique
Y aller
Estonian Airlines propose trois vols hebdomadaires, à partir de 155 € A/R, du 30 mars au 23 octobre.

Se loger
Le Merchant’s House Hotel
4,6 rue Dunkri,
10123 Tallinn.
www.merchantshousehotel.com
Une très belle adresse, à deux pas du centre historique. 140 € la chambre double.

Le Sagadi Manor House
45403 Lääne-Viru maakond.
www.sagadi.ee
Des tarifs attractifs pour des chambres et un environnement superbes.
Situation de l'Estonie

Situation de l'Estonie ©

“Venez, je vais vous montrer quelque chose…” Ülle Kirsimae, guide francophone installée à Tallinn, trottine sur les pavés de la Ville Haute en direction du Dôme. Malgré le soleil radieux irradiant les toits de zinc vert, gris ou orange, pas un chat ne hante les rues bordées d’édifices baro­ques ou néo-classiques. Dans ce quartier endormi de la capitale estonienne autrefois réservé aux nobles et au clergé, seules quelque 500 familles parmi les plus argentées ont pu s’offrir des appartements à 3 000 ou 4 000 € le mètre carré. À ce tarif, elles côtoient les ambassades tapies au fond de jardins clôturés de murets, le siège du gouvernement et le Parlement, dont les murs roses se dressent face à l’église russe Saint-Nicolas. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’élite politique a élu ici domicile. Dès la conquête de Tompea (Ville Haute) par le roi danois Waldemar II au début du XIIIe siècle, les souverains, tour à tour germains, suédois puis russes se sont succédé sur la colline.

Ülle, après avoir longé la rue pittoresque de Piilskopi, débouche sur la place Kiriku. Du doigt, elle pointe le Dôme, basilique gothique à trois nefs et l’une des plus an­cien­nes de Tallinn. “C’est ici que sont enterrés les ba­rons baltes. Entrez, il y a une surprise…” Quel­ques marches à descendre, puis le voyageur se trouve plongé dans l’obscurité et… le passé. Aux murs blancs sont accrochés des dizaines d’imposants blasons, ultimes épitaphes aux barons baltes…

D’origine germanique, ces propriétaires terriens se sont installés dès la fin du XIIIe siècle sur les rivages de la Baltique pour bénéficier de l’activité commerciale de la Ligue hanséatique, fondée en 1161. Au fil des siècles, ils se sont intégrés à la no­blesse héré­ditaire estonienne et à l’Ordre des ­chevaliers teutoniques. Riches, puissants, les ba­rons baltes ont laissé un patrimoine important sui­te à la nationalisation de leurs biens après la Première Guerre mondiale. Outre la collection de maîtres italiens ou hollandais visible au musée des Beaux-Arts de Tallinn, ils ont semé dans la campagne des bijoux d’architecture. Parmi les quelque 200 manoirs en­tourés de vastes domaines, une cinquantaine ont été restaurés, transformés en hôtels ou restaurants, avec ou sans musée. Il suffit, pour en dénicher quel­ques-uns, de prendre à partir de Tallinn la route de Saint-Pétersbourg vers le Parc national du Lahemaa. En une heure de voiture à peine, le magnifique manoir baroque de Saga­di est en vue. Ici vivaient autrefois les maîtres et les domestiques, si nombreux que le propriétaire, le baron von Fock, fit cons­truire de nouveaux corps de bâtiment à la fin du XVIIIe siècle. À l’intérieur, les plafonds peints, les frises à motifs floraux, le parquet ciré, les lourdes tentures et surtout, l’impressionnante salle de chasse évoquent merveilleusement le mode de vie de la noblesse à l’époque.

À quelques kilomètres, changement d’ambiance. Le domaine de 4 000 hectares du monastère de Palmse s’étend derrière une haute grille, au dé­tour d’une route de campagne. En contrebas du manoir, se tient une petite maison à la jolie façade verte, flanquée d’un balcon à balustrade soutenu par des pilotis qui plongent dans les eaux dormantes d’un lac. Un kios­que, posé sur une avancée de la berge, invite à la flânerie ou à la dégustation d’un verre de grosella blanca, un vin fabriqué à partir de baies sauvages. Sérénité et nonchalance… Les barons baltes, à l’évidence, menaient une existence dorée.