Abomey, pays des rois, des amazones, des artistes

Afrique

 

Pierre Cherruau  


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Pratique
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Cotonou, la capitale économique du Bénin, est desservie par Air France ou Point Afrique. Comptez 6h de vol depuis Paris. Puis 1h30 de route entre Cotonou et Abomey (140 km).

En savoir+
Le site de l'artiste Cyprien Tokoudagba :
www.tokoudagba.com

Cyprien Tokoudagba dans son atelier d'artiste © Pierre Cherruau

Dès l'entrée dans le palais du roi Glélé, à Abomey, le visiteur comprend qu'il pénètre dans un lieu sacré. La guide parle à mi-voix et demande aux visiteurs de se déchausser pour pénétrer au cœur du palais. Dans la chambre mortuaire du roi Glélé, qui a régné sur le royaume d'Abomey pendant quarante ans, au XIXe siècle, et qui est décédé en 1889, les murs sont couverts de tâches rouges. «C'est le sang des prisonniers qui ont été sacrifiés, notamment ceux qui ont creusé la tombe de Glélé», explique la guide.

Les armées des rois d'Abomey étaient redoutées, notamment leurs célèbres amazones, réputées pour leur férocité au combat. «Chaque amazone devait revenir de la guerre avec au moins cinq têtes d'ennemi. Si elle se présentait les mains vides devant le roi, c'est elle qui se faisait trancher la tête», prévient la guide, qui explique aussi que des rites extrêmement complexes codifiaient la vie d'Abomey.
Ainsi, l'homme qui portait le parasol du monarque avait pour obligation de le faire tourner de la gauche vers la droite. «C'était un signe qui devait apporter la prospérité à Abomey ; s'il le faisait tourner dans le mauvais sens, il pouvait être vu comme un adversaire du royaume et lui-même condamné à mort.»

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Mais c'est aux ennemis des rois d'Abomey que les sorts les moins enviables étaient réservés. Ainsi les trônes des monarques - toujours visibles dans les palais - étaient posés sur des pieds d'un genre particulier : les crânes des autres monarques, vaincus au combat.
Béhanzin, le dernier des rois du Dahomey, a régné sur Abomey et sa région jusqu'en 1894, l'année de sa reddition aux troupes françaises qui ont pris le contrôle du Dahomey (devenu le Bénin en 1975). Aujourd'hui, encore, Béhanzin est pour les Béninois un symbole fort de l'esprit de résistance à la colonisation.

D'une grande richesse culturelle, les royaumes d'Abomey laissent un important patrimoine ar­tistique au Bénin. Un grand peintre de la ville, ­Cyprien Tokoudagba, ­exposé dans le monde entier, a d'ailleurs réalisé des grandes fresques murales sur les enceintes de plusieurs palais royaux. Très accueillant, il explique ses créations aux visiteurs : «Mon œuvre se nourrit du riche passé de la monarchie. Je voyage beaucoup, mais je reste fidèle à la ville qui m'inspire.»