Chevauchée fantastique au parc Kruger
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Traverser la plus grande réserve naturelle du monde à moto, parmi des bêtes sauvages qui voient d'un mauvais œil votre intrusion : c'est le pari de l'écrivain Deon Meyer et de sa bande d'aventuriers. |
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Il était facile d'expliquer comment nous souhaitions procéder. D'après notre théorie, les animaux sauvages les plus dangereux comme les lions, les éléphants ou les hippopotames ne devaient pas voir une grande différence entre une voiture et six grosses motos roulant en formation très rapprochée. Mais il n'était pas si facile d'expliquer pourquoi nous voulions le faire, car notre principale motivation (cela n'avait jamais été fait auparavant et devait être une pure montée d'adrénaline) n'allait probablement pas convaincre les autorités. Nous avons donc envoyé Johan Kriek, le diplomate du groupe, exposer nos autres raisons, plus sensées : créer des excursions à moto afin d'attirer des touristes locaux et internationaux dans les camps moins connus du parc Kruger. Il nous a fallu attendre plusieurs mois avant d'obtenir une réponse. Mais nous avons fini par recevoir l'autorisation pour une expédition expérimentale de quatorze kilomètres entre la porte Manyeleti et le campement Ndzhaka.
Je ne connaissais pas cette partie du parc. Ce n'est que plus tard que j'ai compris que les autorités avaient fait le bon choix. Ces quatorze kilomètres de piste étaient en bon état, la zone était relativement plate et n'était pas très fréquentée par les touristes. En d'autres termes, si nous devions filer à toute allure pour fuir un quelconque danger, la route était suffisamment fiable. Et si nous n'étions pas assez rapides pour éviter un éléphant en train de charger ou une lionne protectrice, notre fin brutale ne risquait pas de bouleverser beaucoup de visiteurs.
C'est ainsi qu'en 2004, par une belle matinée d'hiver, nous nous présentons tous les six à la porte de Manyeleti sur nos BMW R 1150 GS Adventures, quelque peu excités et un tantinet effrayés. Bien sûr, nous faisons tout pour ne pas le montrer, mais nos rires nerveux nous trahissent lorsque l'un de nous raconte, pour plaisanter, qu'il a entendu dire que les lions s'attaquent toujours à celui qui est en queue.
Nous avons tous, pour la plupart, déjà roulé parmi les animaux sauvages. La nuit, autour du feu de camp, nous faisons le récit de nos rencontres rapprochées avec des éléphants, des girafes, des cobras, des phacochères, des koudous ou de gigantesques pythons, pour ne citer qu'eux. Mais les quatorze prochains kilomètres vont être très différents. Les lions vont être différents. Les milliers d'éléphants, les centaines d'hippopotames vont être différents. Et les doses d'adrénaline vont être différentes. Nous décidons donc de tirer au sort celui qui roulera à l'arrière de notre petite formation. C'est moi, évidemment, qui tombe sur la courte paille.
Vous vous doutez bien que j'ai survécu puisque vous lisez cette histoire. Mais ce que vous ne savez pas, c'est que ce fut probablement le circuit à moto le plus excitant de toute ma vie. Nous n'avons pas vu de lion, mais avons observé de près quelques éléphants et tout un tas d'antilopes et de zèbres. Plus globalement, rouler à moto dans le Kruger, la liberté, le vent sur le visage, les parfums de l'Afrique (plus le fait que je roulais à l'arrière), tout a contribué à faire de cette virée une expérience inoubliable.
La nuit à Ndzhaka n'a pourtant pas été de tout repos. Des lions rugissaient tout près. L'un des membres de notre équipée a laissé ses bottes à l'extérieur de la tente et une hyène s'en est emparée. Elle a bien essayé de les dévorer mais, vaincue probablement par l'odeur, les a abandonnées à une centaine de mètres du campement.
Le lendemain matin, nous tirons de nouveau à la courte paille pour le chemin du retour. Cette fois, je décroche la position de tête. Mon jour de chance, pensé-je. Mais nous parcourons à peine deux kilomètres que nous tombons nez à nez avec un immense troupeau de buffles du Cap.
Pour ceux qui ne connaissent pas l'animal, permettez-moi de vous le présenter. Une bête énorme. Les mâles mesurent généralement 1,50 mètre au garrot et pèsent 750 kg environ. Leurs cornes sont immenses, recourbées et très lourdes. D'humeur versatile et imprévisible, ils s'emportent facilement et comptent parmi les dix animaux les plus dangereux de la planète. Extrêmement protecteurs vis-à-vis de leurs petits, ils tuent d'un coup de corne ou piétinent chaque année de nombreuses victimes.
Et nous voilà, au beau milieu de centaines de bêtes, qui nous barrent complètement le passage et nous obligent à nous arrêter. Et, comme vous le savez peut-être, les motos tout-terrain n'ont pas de marche arrière. « Coupez les moteurs», murmure-t-on derrière moi. Une excellente idée me semble-t-il, car les buffles pourraient ne pas apprécier le bruit du moteur boxer de nos BMW. Nous éteignons donc nos machines.
Je ne connaissais pas cette partie du parc. Ce n'est que plus tard que j'ai compris que les autorités avaient fait le bon choix. Ces quatorze kilomètres de piste étaient en bon état, la zone était relativement plate et n'était pas très fréquentée par les touristes. En d'autres termes, si nous devions filer à toute allure pour fuir un quelconque danger, la route était suffisamment fiable. Et si nous n'étions pas assez rapides pour éviter un éléphant en train de charger ou une lionne protectrice, notre fin brutale ne risquait pas de bouleverser beaucoup de visiteurs.
C'est ainsi qu'en 2004, par une belle matinée d'hiver, nous nous présentons tous les six à la porte de Manyeleti sur nos BMW R 1150 GS Adventures, quelque peu excités et un tantinet effrayés. Bien sûr, nous faisons tout pour ne pas le montrer, mais nos rires nerveux nous trahissent lorsque l'un de nous raconte, pour plaisanter, qu'il a entendu dire que les lions s'attaquent toujours à celui qui est en queue.
Nous avons tous, pour la plupart, déjà roulé parmi les animaux sauvages. La nuit, autour du feu de camp, nous faisons le récit de nos rencontres rapprochées avec des éléphants, des girafes, des cobras, des phacochères, des koudous ou de gigantesques pythons, pour ne citer qu'eux. Mais les quatorze prochains kilomètres vont être très différents. Les lions vont être différents. Les milliers d'éléphants, les centaines d'hippopotames vont être différents. Et les doses d'adrénaline vont être différentes. Nous décidons donc de tirer au sort celui qui roulera à l'arrière de notre petite formation. C'est moi, évidemment, qui tombe sur la courte paille.
Vous vous doutez bien que j'ai survécu puisque vous lisez cette histoire. Mais ce que vous ne savez pas, c'est que ce fut probablement le circuit à moto le plus excitant de toute ma vie. Nous n'avons pas vu de lion, mais avons observé de près quelques éléphants et tout un tas d'antilopes et de zèbres. Plus globalement, rouler à moto dans le Kruger, la liberté, le vent sur le visage, les parfums de l'Afrique (plus le fait que je roulais à l'arrière), tout a contribué à faire de cette virée une expérience inoubliable.
La nuit à Ndzhaka n'a pourtant pas été de tout repos. Des lions rugissaient tout près. L'un des membres de notre équipée a laissé ses bottes à l'extérieur de la tente et une hyène s'en est emparée. Elle a bien essayé de les dévorer mais, vaincue probablement par l'odeur, les a abandonnées à une centaine de mètres du campement.
Le lendemain matin, nous tirons de nouveau à la courte paille pour le chemin du retour. Cette fois, je décroche la position de tête. Mon jour de chance, pensé-je. Mais nous parcourons à peine deux kilomètres que nous tombons nez à nez avec un immense troupeau de buffles du Cap.
Pour ceux qui ne connaissent pas l'animal, permettez-moi de vous le présenter. Une bête énorme. Les mâles mesurent généralement 1,50 mètre au garrot et pèsent 750 kg environ. Leurs cornes sont immenses, recourbées et très lourdes. D'humeur versatile et imprévisible, ils s'emportent facilement et comptent parmi les dix animaux les plus dangereux de la planète. Extrêmement protecteurs vis-à-vis de leurs petits, ils tuent d'un coup de corne ou piétinent chaque année de nombreuses victimes.
Et nous voilà, au beau milieu de centaines de bêtes, qui nous barrent complètement le passage et nous obligent à nous arrêter. Et, comme vous le savez peut-être, les motos tout-terrain n'ont pas de marche arrière. « Coupez les moteurs», murmure-t-on derrière moi. Une excellente idée me semble-t-il, car les buffles pourraient ne pas apprécier le bruit du moteur boxer de nos BMW. Nous éteignons donc nos machines.
Nous sentons l'odeur des buffles. Nous entendons le bruissement de leurs queues et le claquement de leurs puissantes mâchoires. Ils se rapprochent. L'un d'eux se frotte contre mon pneu avant. Je lui fais mon plus beau sourire, mais je ne crois pas qu'il l'ait remarqué.
Nous ferions mieux de partir d'ici », chuchote-t-on encore derrière moi. Je réalise que la voix s'adresse à moi. Oui, moi. Je sais qu'elle a raison. Rester dans les parages n'est pas la meilleure option. Le troupeau risque de mettre plus d'une heure à s'éloigner complètement. Et à chaque animal qui passe, les chances que l'un d'eux finisse par faire quelque chose d'imprévu augmentent. Je hoche donc la tête, allume le moteur, enclenche la première vitesse, inspire un grand coup... et avance tout doucement. C'est l'instant de vérité. L'instant où notre grande théorie est mise à l'épreuve : les animaux sauvages ne voient pas la différence entre une voiture et six motos roulant en formation rapprochée.
Derrière moi, les autres démarrent eux aussi et restent très, très groupés. Les buffles ne bronchent pas. Ils nous fixent du regard, mâchent et paraissent légèrement énervés. J'envisage éventuellement de klaxonner. Mais peut-être vaut-il mieux éviter. J'avance un peu plus. Et soudain, le troupeau s'ouvre lentement devant nous, un buffle après l'autre, pour nous laisser passer. Au bout de quelques minutes, nous dépassons la horde et reprenons la route.
La semaine suivante, nous demandons à notre diplomate de service, Johan Kriek, de faire savoir aux autorités que le concept d'un tour à moto à travers le parc Kruger n'est peut-être pas une si brillante idée que ça. Il leur explique que, certes, notre théorie s'est avérée juste et que, certes, l'expérience fut passionnante. Mais, fait-il remarquer, il risque d'y avoir un léger problème : pas un seul des six membres de notre équipée ne se dit prêt à réitérer l'exploit.
Nous ferions mieux de partir d'ici », chuchote-t-on encore derrière moi. Je réalise que la voix s'adresse à moi. Oui, moi. Je sais qu'elle a raison. Rester dans les parages n'est pas la meilleure option. Le troupeau risque de mettre plus d'une heure à s'éloigner complètement. Et à chaque animal qui passe, les chances que l'un d'eux finisse par faire quelque chose d'imprévu augmentent. Je hoche donc la tête, allume le moteur, enclenche la première vitesse, inspire un grand coup... et avance tout doucement. C'est l'instant de vérité. L'instant où notre grande théorie est mise à l'épreuve : les animaux sauvages ne voient pas la différence entre une voiture et six motos roulant en formation rapprochée.
Derrière moi, les autres démarrent eux aussi et restent très, très groupés. Les buffles ne bronchent pas. Ils nous fixent du regard, mâchent et paraissent légèrement énervés. J'envisage éventuellement de klaxonner. Mais peut-être vaut-il mieux éviter. J'avance un peu plus. Et soudain, le troupeau s'ouvre lentement devant nous, un buffle après l'autre, pour nous laisser passer. Au bout de quelques minutes, nous dépassons la horde et reprenons la route.
La semaine suivante, nous demandons à notre diplomate de service, Johan Kriek, de faire savoir aux autorités que le concept d'un tour à moto à travers le parc Kruger n'est peut-être pas une si brillante idée que ça. Il leur explique que, certes, notre théorie s'est avérée juste et que, certes, l'expérience fut passionnante. Mais, fait-il remarquer, il risque d'y avoir un léger problème : pas un seul des six membres de notre équipée ne se dit prêt à réitérer l'exploit.



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