REPORTAGE Chad Diabo, un indien dans la ville

 

Ulyssemag.com est parti à la rencontre des Premières Nations qui peuplent le Canada, à l’occasion du Festival Présence Autochtone, qui se tient depuis le 10 juin à Montréal.

 

Il arrive d’un pas lent, le visage fermé, un énorme tambour à bout de bras, et s’installe sous une tente blanche au centre du parc Emilie-Gamelin, au coeur de Montréal. Il pose délicatement au sol son précieux instrument et invite les gens à s’assoir en cercle. Chad Diabo est Mohawk, une Nation iroquoise, comme en atteste sa coiffure si particulière. Il habite à Kahnawake, tout près d’ici. Fier de ses origines, il porte un tee-shirt à l’inscription qui ne laisse planer aucun doute sur ses intentions : “I am Indian”, “je suis indien”.

“Pour moi, ce tambour est plus qu’un simple tambour, il représente mon grand-père et je dois le traiter comme tel”, explique-t-il d’entrée pour éviter que l’assistance, intriguée, commence à poser ses mains dessus. “Mon rôle est de le porter physiquement mais aussi moralement. Depuis des années, par respect pour mon grand-père, je ne bois plus, je ne fume pas, je ne me drogue pas.” Le décor est planté. Chad parle français, “ma troisième langue”, répond parfois en anglais aux questions du public et prend son temps pour raconter ce que signifie un pow wow et nous faire découvrir l’âme, les valeurs et la spiritualité Mohawk. Il est l’un des symboles de ce peuple, qui réussit à vivre sa tradition dans un contexte urbain. Un véritable indien dans la ville, qui s’implique au sein du Centre d’amitié autochtone de Montréal. “Je travaille comme tout le monde, je suis éducateur de rue, et, dans le même temps, j’ai créé le groupe Tiohtiake, avec d’autres Mohawks. Pour nous, c’est plus qu’un simple groupe de musiciens et de danseurs.” Le pow wow, loin du folklore, a une fonction bien particulière pour tous ces peuples. “C’est un rassemblement de nations indiennes. Une compétition autour du tambour, où l’on chante et l’on danse. C’est une manière pour nous de rencontrer d’autres tribus. Il y a bien longtemps, nous nous faisions la guerre, aujourd’hui, nous réalisons des pow wow.” Ou comment vivre en paix dans un contexte parfois difficile.

Car Chad Diabo ne le nie pas. Etre indien au Canada peut s’avérer difficile. “Il y a un véritable racisme, on ne peut pas le cacher.” Lui-même en a été victime. Avec sa coupe d’Iroquois, il arrive qu’il fasse peur et soit victime de la méconnaissance des Nations par les blancs. Les Mohawks sont considérés par beaucoup comme violents. “Je n’aime pas la violence, précise-t-il pourtant. Je n’aime pas me battre. Pour ça, j’ai le pow wow.” Un soir, avec des amis, il fait la queue pour rentrer dans un bar. Le patron le montre du doigt et lui interdit l’accès à son établissement. “J’ai mal vécu cet épisode. Et j’ai décidé de porter plainte contre lui auprès de la commision des droits humains du Québec. J’ai gagné mon procès et le gérant a été obligé de fermer.” Une des nombreuses victoires de Chad, qui continue tous les jours à se battre pour que les membres des Premières Nations soient considérés comme des citoyens à part entière. Marc Fernandez

Festival Présence Autochtone

Suite des découvertes des Premières Nations au Festival Présence Autochtone de Montréal. Ulyssemag.com a assisté au set de DJ Geronimo Madeskimo, le premier Dj Inuit. Lire l\'article

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