CULTURE Panorama du cinema chinois
Quelques lignes sur le cinéma chinois en général, son histoire, son actualité et la censure.
Le cinéma chinois se décompose en six générations de cinéastes qui sont autant de périodes historiques marquées par de profonds bouleversements politiques. Dans le contexte de l’affrontement entre Guomindang et communistes, et l’invasion de la Chine par les Japonais au cours des années 30, le cinéma continental connaît un Age d’or caractérisé par son engagement politique. Cette période de prospérité cinématographique est fortement influencée par le cinéma social américain de King Vidor et Franck Capra comme en témoignent des films comme Le chant des pêcheurs de Cai Chu-sheng (1934) et Les anges du boulevard de Yuan Mu-Zhi (1937). A la prise de Shangaï (1939) par les Japonais, beaucoup de cinéastes partent se réfugier à Hong Kong pour bâtir une industrie de films d’arts martiaux. Dès 1949, le cinéma continental devient révolutionnaire et quelques titres célèbres comme Sœurs de scène (1964) ou La basketteuse n°5 (1957) de Xie Jin se distinguent par leur excellence artistique et universelle. Las, la plupart des cinéastes intéressants de cette période sont censurés et chassés au cours de la révolution culturelle où ils passent pour des propagandistes bourgeois et réactionnaires.
En 1978 l’Université de Pékin réouvre les portes de sa section cinéma devant des milliers d’étudiants. Les cinéastes qui sortent diplômés en 1983 fondent la fameuse cinquième génération connue aujourd’hui dans le monde entier avec des noms comme Chen Kaige, Tian Zhuanzhuang ou Zhang Yimou. Ils ont été les premiers depuis des décennies à porter un regard historique, distancié et critique sur l’histoire de leur pays. Ils ouvrent la cinématographie chinoise au monde qui leur rend justice en décernant la Palme d’Or en 1993 à Chen Kaige pour le film somme : Adieu ma concubine. Depuis ils se sont éparpillés dans de fastueuses reconstitutions historiques (Wu Ji ; La cité interdite) dont on peut toutefois regretter l’absence de réelle ambition artistique.
Aujourd’hui la sixième génération se lance à contre-courant de leurs glorieux aînés en inventant un cinéma réaliste, humaniste et social où ils n’hésitent pas à dénoncer les contradictions économiques et politiques du pays, partagé entre l’effondrement d’un système obsolète et l’ouverture à la mondialisation comme en témoigne l’incroyable documentaire long de neuf heures de Wang Bing : A l’ouest des rails (2003) sur la désindustrialisation du complexe sidérurgique de Tie Xi dans le nord du pays. Portée par son chef de file Jia Zhang Ke, récompensé en 2007 par un Lion d’Or à Venise pour Still Life, cette génération éprouve encore beaucoup de difficultés à obtenir des financements d’Etat sans être censurée. Sans l’aval d’un studio d’état, aucun film n’est autorisé à être diffusé en Chine. De fait, les cinéastes de la sixième génération se tournent volontiers vers les investisseurs étrangers.
Malgré l’ouverture aujourd’hui de l’Occident au cinéma chinois et au cinéma asiatique en général, il est à regretter une distribution quasi-inexistante du patrimoine du cinéma chinois en dvd antérieur à 1983.
Frédéric Mercier
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