Des CD pour voyager
Dans chaque numéro de Ulysse, François Xavier Gomez choisit le meilleur de la musique du monde. Faute de place, certains CD sont absents de nos colonnes. Séance de rattrapage.
Catalogne
Depuis la fin des années 60, Eliseo Parra a participé, d’abord comme batteur puis comme chanteur et poly-instrumentiste, à la plupart des aventures musicales qui ont traversé l’Espagne: le jazz-rock et la musique planante catalane, la découverte des rythmes caribéens, le retour aux racines rurales de la Castille avec le groupe Mosaico.
La richesse de son parcours nourrit tout son disque et trouve un écho dans chaque chanson. Parra puise sa matière première dans les collectages réalisés au fil du siècle passé, du Pays basque aux Îles Canaries, auprès des derniers dépositaires de ces traditions musicales. Et réinvente tout avec une liberté et une audace sans limites.
Les jeux vocaux et le rap rencontrent les guitares africaines et des instruments ancestraux aux sonorités énigmatiques: conques marines, tambours de friction... De cette étreinte entre archéologie et avant-garde, le titre La Rama («la branche») est un bel exemple: une ambiance lunaire, une flûte en apesanteur… Et ce n’est qu’un des trésors que recèle ce disque singulier, joliment emballé dans un boitier en carton recyclé.
Eliseo Parra De Ayer Mañana World Village / Harmonia Mundi
Encore du Tango
Né dans les bas-fonds, le tango jouit aujourd’hui de la reconnaissance des grandes salles de concert et des musiciens sérieux . Pour ceux qui ne connaissent de ce répertoire «classique» que Piazzolla, Gustavo Beytelmann sera à coup sûr une découverte marquante.
Le compositeur a confié huit de ses pièces courtes à un formation de chambre réputée, le Quatuor Benaïm, et à un très grand solistes du bandonéon, Juan José Mosalini. Beytelman compose avec la même palette qu’utilise Ricardo Mosner dans la peinture qui illustre le livret: quelques touches de couleur mais surtout du noir très noir. Un sentiment douloureux que le bandonéon, par sa force d’évocation, porte à l’incandescence.
Mosalini y Quatuor Benaïm interpretan Beytelmann Clásico y Moderno Mañana / Naïve
La Provence au galoubet
Dans la musique provençale, explique le flûtiste Miqueu Montanaro, les chants de Noël sont l’équivalent des standards dans l’univers du jazz. C’est donc sur ce répertoire que s’est construit Calènda. Les mélodies naïves du galoubet, petite flûte à la voix d’enfant, avec leur imaginaire de pastoureaux émerveillés et d’angelots joufflus, sont chahutées et déviées de leur centre par la batterie de Fabrice Gaudé et la guitare aux multiples possibles de Serge Pesce. Ce jazz des troubadours revèle un charme très original.
Miqueu Montanaro, Serge Pesce et Fabrice Gaudé Calènda Nord Sud / Nocturne

Ecoutez la chronique de Jean-Christophe Rampal, rédacteur en chef d’Ulys...
Nuit Blanche à Paris - Samedi 4 octobre 2008 - Gare de Lyon